← RetourLa règle des 5 jours

Rappeler un prospect après une demande d'information : la règle des cinq jours ouvrables

C'est probablement la disposition la plus utile du décret n°2026-662 pour un conseiller, et l'une des moins connues. Un appel passé pour répondre à une demande d'information du consommateur n'est pas considéré comme de la prospection commerciale — à trois conditions strictes.

Autrement dit : le prospect qui remplit votre formulaire de contact ou vous laisse ses coordonnées sur un salon peut être rappelé sans passer par le circuit complet du consentement, à condition de respecter le cadre décrit ci-dessous.


Les trois conditions cumulatives

L'exception ne joue que si les trois éléments suivants sont réunis :

  1. Vous pouvez justifier de la réalité de la demande d'information. Il ne suffit pas de l'affirmer : il faut pouvoir en produire la trace.
  2. L'appel intervient dans les cinq jours ouvrables suivant la demande.
  3. L'objet de l'appel porte uniquement sur les biens ou services pour lesquels le consommateur a demandé à être rappelé.

Ces conditions sont cumulatives. Si l'une manque, l'appel bascule dans le régime de droit commun — et suppose donc un consentement préalable en bonne et due forme.

« Cinq jours ouvrables » : attention au décompte

La distinction entre jours ouvrables et jours ouvrés fait régulièrement trébucher.

  • Les jours ouvrables correspondent à tous les jours de la semaine à l'exception du jour de repos hebdomadaire (généralement le dimanche) et des jours fériés. Le samedi est donc, en principe, un jour ouvrable.
  • Les jours ouvrés sont ceux effectivement travaillés dans l'entreprise, soit le plus souvent du lundi au vendredi.

Le décret retient les jours ouvrables. Une demande formulée un lundi ouvre donc un délai qui, en principe, court jusqu'au samedi suivant.

Deux réserves de bon sens s'imposent malgré tout. D'une part, le décompte peut être discuté selon les situations, et l'interprétation retenue en cas de contrôle n'est pas garantie. D'autre part, le samedi reste un jour où le démarchage téléphonique est interdit : le délai peut courir, mais l'appel ne peut pas être passé ce jour-là.

La pratique prudente consiste donc à rappeler dans les deux à trois jours ouvrés. Ce qui, commercialement, est de toute façon la bonne pratique : un prospect rappelé le jour même se souvient de sa demande.

Ce que vous devez conserver, et pendant combien de temps

Le décret impose la conservation et l'archivage, sous format numérique, des justifications de la demande d'information — pendant trois ans à compter de la date de la demande. Une conservation au-delà reste possible pour l'exercice ou la défense de vos droits en justice.

Concrètement, il faut pouvoir présenter :

  • La trace de la demande elle-même : soumission de formulaire horodatée, e-mail entrant, coupon signé sur un salon, demande de devis en ligne.
  • Son contenu, qui délimite le périmètre de l'appel autorisé.
  • La date et l'heure, qui déterminent le point de départ du délai.

Un formulaire web dont les soumissions ne sont pas archivées ne vous protège donc en rien. C'est un point que beaucoup de cabinets découvrent au moment où on le leur demande.

Les trois pièges les plus fréquents

Et après cinq jours ?

Rien n'est perdu, mais le chemin change : il faut recueillir un consentement au sens de l'article R. 223-1, avec les cinq informations exigées, un acte positif clair du prospect, et une preuve conservée trois ans.

En pratique, la séquence la plus solide consiste à envoyer une demande de consentement dès la réception de la demande d'information, sans attendre. Vous disposez alors des deux fondements : l'exception des cinq jours pour le premier appel, et un consentement valable un an pour la suite de la relation.

Un cas pratique

Un conseiller en gestion de patrimoine publie un article sur la transmission de patrimoine, assorti d'un formulaire « Être rappelé pour un point sur ma succession ».

  • Mardi 14 h : un visiteur remplit le formulaire. La soumission est horodatée et archivée.
  • Mercredi 10 h 30 : le conseiller rappelle. Délai respecté, plage horaire autorisée, objet conforme à la demande.
  • Pendant l'échange, le prospect évoque un projet d'investissement locatif. Le conseiller peut en parler à sa demande, mais ne peut pas s'en prévaloir pour le rappeler ultérieurement sur ce sujet sans consentement.
  • Dans la foulée, le conseiller lui adresse une demande de consentement en bonne et due forme, pour sécuriser les douze mois suivants.

Trois traces existent alors : la demande d'information, l'appel, et le consentement. C'est exactement ce qu'un contrôle cherche à voir.


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